C’est bien connu, gouverner c’est prévoir. Sauf quand c’est plus drôle de faire l’inverse. Alors qu’il clame haut et fort vouloir « réarmer la France », le président semble surtout réarmer… les actionnaires étrangers. Dernier épisode en date de cette grande braderie patriote : des entreprises stratégiques dans la défense passent tranquillement sous pavillon étranger pendant que l’Élysée joue les tambours de guerre.
Imaginez un petit garçon prétendant devenir le maître incontesté des cartes Pokémon. Il veut toutes les avoir, être invincible. Mais dès qu’il en obtient une rare, il la revend à son voisin contre un paquet de bonbons. Et après, il pleure parce qu’il n’a plus de cartes pour jouer. La stratégie présidentielle, c’est un peu ça, mais avec des missiles et des satellites.
D’un côté, le chef de l’État appelle à « l’autonomie stratégique » – un mot savant pour dire « arrêter de tout acheter aux Américains » – mais de l’autre, il laisse des entreprises cruciales de l’armement tomber dans l’escarcelle de groupes étrangers. Apparemment, la souveraineté, c’est comme les soldes : ça ne se refuse pas.
Prenons l’exemple de Photonis, spécialiste français des technologies de vision nocturne, un atout précieux pour les armées. Une pépite stratégique que les Américains voulaient racheter. Après des mois d’atermoiements, l’État a fini par s’y opposer. Une exception, car d’autres fleurons n’ont pas eu cette chance. Exxelia, fabricant de composants électroniques utilisés dans les satellites et l’aéronautique militaire, est récemment passé sous pavillon américain sans que cela émeuve trop l’Élysée. Tant pis si demain nos systèmes d’armes dépendent de l’humeur de Washington.
Ce double discours est d’autant plus savoureux que le président ne rate jamais une occasion de marteler l’importance de « l’indépendance européenne ». Une indépendance qui ressemble de plus en plus à un pot-au-feu : on y jette des ingrédients français, mais c’est Berlin ou Washington qui tiennent la louche. Il faut croire qu’entre la souveraineté économique et la bonne entente transatlantique, l’Élysée a fait son choix.
Pendant que le président distribue les bijoux de famille, d’autres pays se frottent les mains. Les Allemands et les Américains récupèrent les joyaux technologiques, pendant que nous, on se console avec des discours martiaux et des plans PowerPoint sur « la France forte ». Si c’était une partie de Monopoly, on serait ce joueur maladroit qui vend la rue de la Paix pour acheter une gare délabrée.
Et ce n’est pas tout : la mainmise étrangère s’étend aussi aux infrastructures sensibles. Les chantiers navals de l’Atlantique, où l’on construit notamment des navires militaires, ont failli passer sous contrôle italien avant une intervention tardive de l’État. Mais d’autres secteurs, comme les télécommunications ou l’intelligence artificielle, sont autant de cibles potentielles pour des investisseurs étrangers. Une politique digne du petit collectionneur de cartes Pokémon : il veut tout, mais vend les meilleures pièces au premier venu (sans parler du RISK).
« La France est prête à faire face aux menaces », assure l’Élysée. C’est rassurant. Sauf si la menace, c’est de se retrouver à court d’industries stratégiques. Mais ne soyons pas inquiets : à défaut d’usines, on aura toujours de beaux discours. Et en cas de conflit, on pourra toujours demander gentiment à nos nouveaux propriétaires de nous prêter nos propres armes. Sympa, non ?
En attendant, les entreprises stratégiques continuent de filer à l’étranger sous l’œil attendri du gouvernement. La « start-up nation » chère au président ressemble de plus en plus à une brocante. Mais après tout, pourquoi s’embêter à produire soi-même quand on peut acheter (ou louer) ailleurs ? Jusqu’au jour où, bien sûr, il n’y aura plus rien à vendre. Mais d’ici là, il restera toujours quelques cartes Pokémon à troquer.

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